Archives mensuelles : novembre 2013

VIE ET DESTIN…

voici l’un des ouvrages qu’évoque Yarostlava dans « La Vie Secrète » d’une manière quasi religieuse. Vie et Destin est le grand récit de Vassili Grossman considéré comme le plus grand écrivain « Ukrainien ». Cet écrivain journaliste d’origine juive devient correspondant de l’Armée Rouge, embarqué dans la Grande Guerre Patriotique. Il fait le portrait puissant, réaliste et poétique d’un peuple héroïque engagé dans le combat titanesque contre les nazis, dont la lutte pour la survie feront 25 millions de victimes de Moscou à Berlin. C’est une fresque incroyablement puissante ou la grande histoire souffle sur les destinées individuelles d’un certain nombre de personnages plongés au cœur du conflit. c’est une véritable expérience littéraire à vivre.

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à suivre deux extraits dans l’édition Bouquin chez Robert Laffont. l’un est une scène ou Eichmann, l’un des organisateur de la solution final en tournée d’inspection dans un camp d’extermination en Pologne, se retrouve à boire le champagne au coeur d’une chambre à Gaz que l’on vient à peine de terminer. L’effroi saisit le lecteur.

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Ils se rencontrèrent donc de nuit. Eichmann entra directement dans le bureau : avant même de s’asseoir dans le fauteuil, il avait déjà commence à poser ses questions :  J’ai peu de temps, je dois être à Varsovie demain au plus tard, dit-il. Il avait déjà eu le temps de voir le commandant du camp et de parler au chef de chantier.  Comment fonctionnent les usines ? Quelles sont vos impressions sur la personnalité de Foss ? Pensez-vous que les chimistes soient à la hauteur ? demanda-t-il avec précipitation.Ses grands doigts blancs aux ongles roses retournaient les papiers sur la table et, de temps à autre, l’Obersturmbannfiihrer inscrivait une remarque d‘une main automatique. Liss avait l’impression qu’Eichmann ne voyait rien de particulier A cette entreprise, qui suscitait pourtant dans les coeurs les plus endurcis un secret sursaut d’horreur. Liss avait beaucoup bu ces derniers jours. Il respirait plus difficilement et, la nuit, il sentait le poids de son coeur. Mais il lui semblait que l’alcool avait un effet moins néfaste sur sa santé que cette tension nerveuse dans laquelle il vivait constamment. Il rêvait de retourner à son étude sur les personnalités hostiles au national-socialisme et de chercher la solution à des problèmes certes cruels et complexes, mais qui pouvaient se résoudre sans effusion de sang. Il pourrait alors s’arrêter de boire et ne fumerait plus que deux ou trois cigarettes par jour. Quelque temps auparavant, il avait fait venir dans son bureau, la unit, un vieux bolchevik russe avec lequel il avait fait une partie d’échecs politiques. Rentré chez lui, il avait dormi sans somnifères et ne s’était réveillé qu’après 9 heures du matin. Une petite surprise attendait l’Obersturmbannfiihrer et Liss pour leurvisite nocturne de la chambre à gaz. Les ingénieurs avaient installé au milieu de la chambre une petite table avec du vin et des hors-d’oeuvre, et Reineke convia Eichmann et Liss à prendre un verre.                                                                                                        Eichmann rit de cette charmante idée et dit: C’est avec grand plaisir que je mangerai un morceau. Il confia sa casquette à son garde et se mit à table. Son grand visage prit brusquement une expression de gravité bienveillante, celle de millions d’hommes aimant la bonne chère lorsqu’ils s’installent devant une table servie. Reineke remplit les verres, chacun prit le sien et tous attendirent le toast d’Eichmann. Il y avait dans ce silence de béton et dans ces verres pleins, une telle tension que Liss crut que son coeur ne résisterait pas. Il aurait aimé qu’un bon gros, toast à la gloire de l’idéal allemand vint détendre l’atmosphère.  Mais la tension persistait, croissait, pendant que l’Oberstunnbannfiihrer mâchait son sandwich.

l’autre extrait se situe au moment du déclenchement de la contre offensive Russe, autour de Stalingrad et qui va amener à l’encerclement et la capitulation de la 6eme armée Allemande commandé par le Maréchal Von Paulus.  Cette victoire sera considérée comme le basculement de la seconde guerre mondiale. A partir de fin 1942, Les allemands reculeront inéxorablement jusqu’à la défaite Finale à Berlin. Il est court mais il donne une bonne idée du lyrisme dans la langue de Grossman qui saisit l’instant de l’embrasement.

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Le silence était dense, uni, et il semblait qu’il n’existait ni steppe, ni brouillard, ni Volga », mais le silence et rien d‘autre. Une lueur parcourut les nuages sombres, puis le brouillard de gris qu’il était, devint pourpre et soudain le tonnerre s’empara de la terre et du ciel… Les canons lointains et les canons proches unirent leurs voix, et l‘écho renforçait leur lien, élargissait l’entremêlement des sons qui emplissaient tout le volume de l’énorme espace de la bataille. Les maisons de pisé tremblaient, des morceaux d‘argile se détachaient des murs, les portes des maisons s’ouvraient et se fermaient d’elles-mêmes, la glace encore fine sur les lacs craquait. Balançant sa queue lourde de poils soyeux, le renard prit la fuite, et le lièvre ne le fuyait pas mais courait à sa suite ; oiseaux de nuit et oiseaux de jour, réunis pour la première fois, montèrent dans le ciel… Des mulots mal réveillés surgissaient de leurs trous comme des grands-pères ébouriffés sortant d’une isba en feu. Manifestement, le contact des milliers de canons d’artillerie brûlants fit au moins monter d’un degré la température de l’air matinal humide sur les positions de combat.

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un dessin qui pourrait très bien être une éventuelle couv pour une intégrale de la »Vie Secrète ».

 

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Piqure de Rappel!

CE SAMEDI A LUNEL, si le coeur vous en ditImage,

 

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