Archives mensuelles : septembre 2018

Un monument aux morts pas comme les autres…

Louis Barthas n’aurait pas renié les mots gravés sur le monument de Saint-Martin d’Estreaux (Loire). Dans les années 1920, une dizaine de monuments aux morts ont été édifiés pour exprimer clairement la révolte et le dégoût de la guerre, par exemple à Gentioux dans la Creuse, à Equeurdreville dans la Manche, à Riom dans le Puy-de-Dôme où à même été érigé un monument à la mémoire des fusillés de 1917 et enfin à Saint-Martin  dans la Loire.

Ces mots constituent un véritable manifeste de pacifisme militant et un farouche réquisitoire contre la guerre et ses horreurs dont Barthas a été l’acteur et le témoin comme plus de 73 millions de combattants.

ces monuments étaient toutefois très rare dans une période exacerbant le sentiment nationaliste et identitaire.

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Toute la mémoire et la commémoration de la Grande guerre, dont les monuments aux morts sont l’emblème, se sont construite sur l’idéologie de  l’héroïsme viril et sacrificiel , tout en rejetant les autres victimes (fusillés pour l’exemple, soldats indigènes des colonies, prisonniers de guerre, populations civiles occupées)

Tout était fait pour cultiver et légitimer au sein de la population, une Paix revancharde et vengeresse symbolisé par le traité de Versailles et du Trianon qui scellait le destin tragique de l’Europe. L’occupation humiliante de la Rhénanie par l’armée Française a contribué au ressentiment et alimenté un nationalisme allemand blessé, que le nazisme a su instrumentalisé pour accéder au pouvoir et entrainer toute l’Europe dans un conflit mondial encore plus meurtrier.

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Louis Barthas militant socialiste Jauressien, a porté tout au long de sa vie, un engagement pacifiste très actif, prolongeant la promesse faites dans ses carnets de Guerre à ses camarades d’infortune:  « Souvent je pense à mes très nombreux camarades tombés à mes côtés. J’ai entendu leurs imprécations contre la guerre et ses auteurs, la révolte de tout leur être contre leur funeste sort, contre leur assassinat. Et moi, survivant, je crois être inspiré par leur volonté en luttant sans trêve ni merci jusqu’à mon dernier souffle pour l’idée de paix et de fraternité humaine »

Son intuition au moment des fraternisations en pleine guerre, lui font écrire « Qui sait ! Peut-être un jour sur ce coin de l’Artois, on élèvera un monument pour commémorer cet élan de fraternité entre des hommes qui avaient horreur de la guerre et qu’on obligeait à s’entretuer. » 

100 ans plus tard, un monument est inauguré à Neuville St Vast portant la citation prémonitoire, pour réhabiliter symboliquement des combattants ayant refusé l’espace d’un instant, l’absurde obligation de s’entretuer résumée dans cette citation de Paul Valéry.

« La guerre, c’est le massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas »

 

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